Les Bons Voyageurs

Plongée avec les requins aux Philippines : l'aventure d'une vie

Le requin-baleine n'est pas un prédateur : si vous cherchez une vraie plongée avec les requins aux Philippines, c'est à Malapascua, Tubbataha ou Bohol que ça se passe, pas à Oslob. Voici où, quand et comment.

Plongée avec les requins aux Philippines : l'aventure d'une vie

Il y a une scène qui se répète à chaque saison sèche, et je la connais par cœur. Il est cinq heures du matin à Malapascua, une île minuscule au nord de Cebu, et une vingtaine de plongeurs se pressent sur des bangkas en se demandant s'ils vont rentrer bredouilles. Ils ne viennent pas voir des requins-baleines. Ils viennent voir une espèce que la plupart des agences ne vendent même pas, parce qu'elle est trop discrète dans les brochures : le requin-renard, qui remonte chaque matin vers un plateau à vingt mètres pour se faire nettoyer par des labres.

Et c'est là qu'il faut qu'on parle franchement. Quand on me demande « la plongée avec les requins aux Philippines », je sais que dans neuf cas sur dix, la personne pense requin-baleine. Or le requin-baleine n'est pas un prédateur. C'est un poisson filtreur, sans dents fonctionnelles, qui mange du plancton de la taille d'une crevette. Personne n'a jamais été mordu par un requin-baleine. Donc si vous cherchez l'adrénaline d'une vraie rencontre avec un requin, et pas une sortie photo dans une mangrove bondée, vous êtes en train de chercher au mauvais endroit.

Points clés à retenir

  • Le requin-baleine n'est pas un prédateur : c'est un poisson filtreur. Confusion à dissiper avant de réserver quoi que ce soit.
  • Les vraies plongées avec des requins se font à Malapascua, Tubbataha, Cebu et Bohol, pas à Oslob.
  • Oslob, c'est du snorkeling avec nourrissage : pratique critiquée par une partie du milieu, et rien à voir avec la plongée bouteille.
  • La plupart des sites à requins exigent une certification Advanced Open Water, pas juste un baptême.
  • La saison change tout : la meilleure période n'est pas la même pour Donsol, Malapascua et Tubbataha.

Plongée avec les requins aux Philippines : ce que vous allez vraiment voir

Première chose à comprendre : les Philippines sont posées sur une des zones marines les plus riches de la planète, entre la mer de Sulu, la mer de Célèbes et la mer des Philippines. Résultat, on peut y croiser une quinzaine d'espèces de requins, des petits requins de récif aux grands pélagiques de passage. Mais chaque espèce a son site, sa profondeur, sa saison. On ne « voit des requins » n'importe où.

Les requins qu'on croise régulièrement

  • Requin-renard (thresher) : Malapascua, quasi tous les matins, entre 18 et 30 mètres. C'est la rencontre la plus fiable du pays.
  • Requin de récif à pointes noires et à pointes blanches : partout, peu profond, souvent 5 à 12 mètres.
  • Requin-taureau : certains sites de Cebu et de Bohol, souvent à plus de 25 mètres.
  • Requin-marteau : surtout Tubbataha, en banc, mais uniquement sur une fenêtre de saison très serrée.
  • Requins-citrons, requins-corail, et de temps en temps un requin-baleine de passage, qui n'a rien à voir avec la catégorie « requin prédateur ».

Voilà pour la carte. Maintenant, le sujet qui fâche.

Attaqué par un requin aux Philippines : quel est le risque réel ?

Aucune statistique fiable ne soutient l'idée d'une zone à risque particulier. Les attaques de requin aux Philippines sont rarissimes, et je pèse mes mots. Sur la plupart des sites que je viens de citer, vous plongez avec des animaux qui vous ignorent complètement, parce qu'ils ne vous identifient pas comme une proie. Un requin de récif qui croise un plongeur à dix mètres, il fait demi-tour. Le bruit des détendeurs, les bulles, la silhouette verticale : rien de tout ça ne ressemble à un poisson blessé.

Le vrai danger, ce n'est pas le requin. C'est le courant, la profondeur, et votre propre gestion d'air. J'ai vu plus de plongeurs paniquer pour une bouteille à 50 bars que pour un aileron à quinze mètres.

Ce qu'il ne faut pas faire

Ne poursuivez pas un requin pour la photo. Ne le touchez pas. Ne le nourrissez pas, ce qui est justement le point sensible des sites de requins-baleines. Un requin qui s'habitue à être nourri associe les humains à de la bouffe, et c'est exactement comme ça qu'on fabrique un incident. Respecter une distance de sécurité, c'est aussi se protéger soi-même.

Requin-baleine aux Philippines : où et quand le voir, sans s'en vouloir

Bon. Maintenant qu'on a posé la distinction, parlons du requin-baleine, parce que c'est quand même un spectacle à part. On parle d'un animal de douze mètres, parfois plus, qui nage à un mètre de vous sans une once d'agressivité. Rien ne prépare à ça. Un client m'a dit une fois, en remontant sur le bateau, qu'il avait « arrêté de respirer pendant dix secondes » — et je le crois.

Requin-baleine aux Philippines : où et quand le voir, sans s'en vouloir

Donsol, la version tranquille

Donsol, dans la province de Sorsogon, c'est la référence historique. La saison va approximativement de novembre à mai, avec un pic vers février et mars. Le principe est plus respectueux qu'ailleurs : on part en bangka, un spotter repère la baleine en surface, et on se met à l'eau avec masque et tuba. Pas de plongée bouteille, pas d'appât.

Attention à un détail que beaucoup découvrent trop tard : à Donsol, il y a des quotas journaliers, et il y a des jours sans observation. C'est ça, la nature. Si vous ne tolérez pas de rentrer les mains vides, ce n'est peut-être pas l'excursion qu'il vous faut.

Oslob, le débat

Oslob, à Cebu, a construit une économie entière sur le requin-baleine. Ici, on nourrit l'animal à la main, à quelques mètres du bord, toute l'année. Le résultat est spectaculaire et garanti. Le revers est tout aussi net : des dizaines de bateaux, des centaines de baigneurs, des animaux qui modifient leur comportement migratoire pour rester sur place.

Mon avis, et je sais qu'il ne fait pas l'unanimité : si vous avez le choix, allez à Donsol. Si vous n'avez que trois jours à Cebu et que le requin-baleine est votre rêve, allez à Oslob en sachant ce que vous financez. Ce qui m'agace, c'est le touriste qui critique la pratique une fois remonté sur le bateau. Il a payé comme les autres.

Le prix, concrètement

Côté budget, les excursions à la journée avec requin-baleine oscillent grosso modo entre l'équivalent d'une trentaine et d'une soixantaine d'euros selon le site, le transport inclus ou non, la durée et la saison. À Donsol, comptez en plus le trajet jusqu'à Sorsogon, qui est une bonne demi-journée depuis Manille en bus ou en avion jusqu'à Legazpi. À Oslob, l'accès depuis Cebu est bien plus simple, et c'est précisément pour ça que la foule s'y presse.

Un point que personne ne chiffre jamais : le temps perdu. Deux jours de trajet pour une excursion de trois heures. Sur un séjour de deux semaines, ça compte.

Malapascua : la plongée requin dont personne ne vous parle

Monad Shoal, à l'aube. C'est le seul endroit au monde où l'on croise le requin-renard de façon quasi quotidienne. Je le répète parce que ça mérite d'être répété : quasi quotidiennement. Vous ne trouverez pas cette régularité ailleurs sur la planète.

Malapascua : la plongée requin dont personne ne vous parle

La plongée se fait entre 18 et 30 mètres, départ du bateau vers 5 heures pour être sur le site au lever du jour. Le requin-renard remonte depuis les profondeurs pour se faire nettoyer par des labres, et il reste quelques minutes. Pas de nourrissage, pas de mise en scène. C'est l'animal qui décide.

Quel niveau faut-il ?

Advanced Open Water, dans la plupart des dive shops. Pas parce que le site est dangereux, mais parce que la profondeur et parfois le courant imposent une flottabilité maîtrisée. Un Open Water fraîchement certifié qui descend à 28 mètres en palanquée, ça se fait, mais ça ne devrait pas. La visibilité est bonne, l'eau autour de 27-29 °C, ce qui rend la combinaison 3 mm largement suffisante.

Tubbataha, l'autre dimension

Tubbataha, au milieu de la mer de Sulu, c'est un parc naturel classé, accessible uniquement en croisière de plusieurs jours, et seulement de mars à juin. Ici, on parle de requins de récif en nombre, de requins-marteaux, de pointes blanches de récif, de pointes argentées parfois. C'est cher, c'est loin, et c'est la plus belle plongée du pays. Voilà, c'est dit.

Site Requin principal Saison Niveau
Malapascua / Monad Shoal Requin-renard Toute l'année, mieux de décembre à mai Advanced
Tubbataha Marteaux, pointes blanches, pointes grises Mars à juin Advanced + croisière
Donsol Requin-baleine (snorkeling) Novembre à mai Aucun — masque et tuba
Oslob Requin-baleine (nourrissage) Toute l'année Aucun
Cebu / Bohol Requins de récif, taureaux Toute l'année Open Water à Advanced

Organiser son séjour sans se tromper de cible

La question que je reçois le plus souvent n'est pas « quel requin », c'est « est-ce que je peux tout faire en un voyage ». La réponse honnête est non, pas correctement. Les Philippines, c'est plus de sept mille îles, et les vols intérieurs mangent des journées entières.

Deux erreurs que je vois tout le temps

  1. Réserver un baptême de plongée sur un site à requins. Un baptême, c'est deux mètres de fond et un moniteur qui vous tient la main. Vous ne verrez aucun requin pélagique.
  2. Caler Malapascua sur deux nuits. Il faut une nuit sur place avant le départ de l'aube, donc comptez trois nuits minimum pour plonger deux matins.
  3. Ignorer la mousson. De juillet à octobre, certaines régions prennent cher côté météo, et les traversées en bateau deviennent folkloriques.

Choisir son dive shop

Vérifiez trois choses : la certification PADI ou SSI du centre, le ratio encadrant/plongeurs (au-delà de cinq par guide, méfiance), et si le prix inclut l'équipement, les frais de site et l'eau à bord. J'ai déjà vu des tarifs affichés à moitié prix qui doublaient une fois tout additionné. Le petit printemps au fond, ce n'est pas un mythe.

Et posez la question qui dérange : « Vous plongez à quelle heure à Monad Shoal, et combien de fois par semaine voyez-vous effectivement le requin-renard ? » Une agence sérieuse vous répondra en pourcentage. Une agence qui vous promet l'animal à coup sûr, vous vendez du rêve.

Une dernière chose sur les requins

J'ai commencé cet article en disant que le requin-baleine n'est pas un prédateur. C'est vrai, et c'est exactement pour ça qu'il faut arrêter de le vendre comme une plongée avec les requins. L'un est un géant pacifique qu'on admire en surface, l'autre est un animal qu'on observe à trente mètres, immobile, en espérant qu'il décide de rester. Ce sont deux expériences, deux budgets, deux niveaux, deux émotions.

La seule question qui vaille, au fond, ce n'est pas « où voir un requin aux Philippines ». C'est : quelle rencontre vous cherchez ? Quand vous aurez la réponse, le site se choisira presque tout seul.

Sandrine Turpin

Sandrine Turpin

Sandrine Turpin est une auteure passionnée par les voyages en train à travers l'Europe. Elle s'engage à découvrir et à partager les richesses des cultures locales, offrant à ses lecteurs une perspective unique sur les traditions et les modes de vie européens. Son travail reflète une profonde appréciation de l'histoire et de la diversité culturelle du continent.

Voir tous les articles →

Articles similaires